dimanche 26 octobre 2008

Frere Guide

En Lybie depuis quelques jours maintenant.
Presence certaine du Frere Guide, l'homme dont on ne prononce pas le nom, mais dont tous parlent avec un curieux melange de respect prononce teinte d'amusement certain.
Au pouvoir depuis 39 ans.
On s'abstient sur les commentaires pour cause de connexion internet probablement surveillee. Mais on vous fait quand meme profiter des images. Prises a la derobee.








Ce soir, nous prenons la route pour le desert. La bas, pas d'histoire de connexion internet, surveillee ou pas. Prochaines nouvelles vendredi, insha'allah.
p.s. : Bravo Nico pour l'elucidation du mystere du taureau. Tu as gagne une bouteille a notre retour. Ici pas d'alcool du tout (fouille des bagages a la frontiere pour etre surs que nous n'en faisions pas entrer frauduleusement dans le pays), donc nous serons bien contents de trinquer avec toi !

jeudi 23 octobre 2008

Exterieurs. Interieurs

Quitter Siwa a regrets donc, et reprendre la route, direction la Lybie, neanmoins contents et surtout curieux.

Une traversee de frontiere de plus. La derniere. Qui aurait pu etre la plus longue et douloureuse, compte tenu des moyens de transports assez rudimentaires auxquels nous avons eu recours.
Une magnifique pigeot 504 hors d'age tout d'abord. Si, si, je vous assure, de l'exterieur (photo), elle n'est pas tres impressionnante. Mais de l'interieur... Choisir entre ouvrir la fenetre et la porte, attendre un bon quart d'heure que le moteur chauffe, courir et sauter dans la voiture parce que ca y est, c'est sur, elle a enfin demarre, etc. Enfin, elle nous a quand meme menes jusqu'a la frontiere, cahin caha mais fiable comme une vieille pigeot.
Nos pieds, ensuite.
Totalement paumes nous etions, a un poste frontiere ou nous nous trouvions les seuls touristes egares.
Et pourtant tout cela s'est fait assez vite et facilement. Notamment au travers d'une grande maitrise du langage des signes.
Rien a voir avec le legendaire Aqaba/Nuweiba, qui restera dans les annales de notre voyage comme le paroxysme de la perte de temps. Comme quoi il est, semble-t-il plus aise de quitter l'Egypte que d'y rentrer.



La Lybie donc, que nous avons attaquee par la cote nord-est, au doux nom de Cyrenaique.
Ici encore, ne cherchez pas, ils sont tous venus. Les grecs d'abord, sur les bons conseils d'un oracle de l'ile de Santorin en mal d'espace. Les romains ensuite, qui suivent souvent les precedents de pres. Et les byzantins enfin, idem.
Je vous passe la suite : islamisation puis arabisation des berberes. Berberes qui, depuis le debut, ne demandaient quand meme pas grand chose a quiconque.
Toujours est-il que cette cote, au magnifique paysage mediterraneen, est truffee de ruines somptueuses.
D'autant que, j'oubliais, les Italiens sont aussi passes par la. Au debut du XXe siecle, nostalgiques de leurs puissants ancetres et envieux de leurs petits copains europeeens en train de s'arroger la cote nord africaine, ils ont debarque ici avec armes et bagages. (Et 2 ou 3 massacres au passage). Et ont eu le bon gout de batir la quelques maisons et planter quelques cypres, qui vous laissent un gout de Toscane.
En bref, les paysages, les sites antiques, tout cela est absolument superbe.



Et puis l'avantage de la Lybie, c'est que John - vous savez notre gros ami retraite americain qui ne voyage qu'en groupe, et de preference en croisiere - John, disais-je est loin loin loin.
Globalement, nous sommes plutot au calme.
Quelques vieux italiens ou neerlandais egares, tout plus. Les plus envahissantes, lors de nos visites, etant encore les biquettes.

A la beaute des paysages et des sites ne repond malheureusement que tres partiellement le bon gout des lieux d'hebergement, dont l'esthetique est un savoureux melange de rigueur sovietique et de dorure orientale. Je vous laisse le loisir d'imaginer.
Mais on est bien recus.

lundi 20 octobre 2008

On Siwa bien

Nous avons quitte Le Caire.
On y a fait plein de choses.
On a marche. Beaucoup.
On a mange Chinois. C'est le seul restaurant chinois au monde dans lequel il n'y a pas un seul asiatique. D'ailleurs, c'etait pas tres bon.
On a nage dans la foule du Musee Egyptien, et on a croise John. On est surtout reste fascines par la beaute des pieces.
On a vu les pyramides. On vous epargne les photos.
On a vu le quartier copte. On a toujours pas compris : Soit on s'est trompe d'endroit, soit ce n'est pas un quartier.
On a vu le souk, le quartier musulman, on a mange des falafels, on a bu des Mojitos en regardant le Nil.

Et puis on est parti, un peu fatigues mais contents.

On est arrives la. Dans l'oasis de Siwa.



Enfin, pas exactement. Un peu a l'ecart, dans un hotel un peu particulier.

Invente et bati par un ancien ingenieur des eaux egyptien, ecologiste, ce lodge est construit de facon traditionnelle, il n'y a pas d'electricite, pas d'Internet, mais beaucoup de calme, de beaute, de gout.

On s'y baigne dans une source entouree d'une piscine ou dans un lac sale. On y mange tres bien, grace aux legume (bios, evidemment) du potager, on se repose a l'ombre des palmiers, ou on va se promener dans le desert avec un natif de Siwa, diplome de philosophie et professeur d'anglais.

On croise le patron, figure echappee d'un roman anglais. Cheveux blancs, impeccablement habille, trilingue, un gentleman digne et charmant.



On prend son petit dejeuner face au desert, alors, forcement, on finit par s'y croire un peu.





Pour le coup, on avait pas du tout en vie de partir.
Mais bon, la Lybie nous attend.
A propos, on ne sait pas trop comment on pourra se connecter la bas, alors si on ecrit moins, ne vous inquietez pas.

PS : Merci a ceux qui nous on permis de decouvrir ce Paradis.

mercredi 15 octobre 2008

Bordels

Apres avoir traverse la Jordanie d'une mer a l'autre, nous l'avons donc quittee… par la mer bien sur… La Mer Rouge en l'occurrence.
Afin de varier un peu les plaisirs, nous avons en effet choisi d'arriver en Egypte par voie maritime. Et pour ce faire, notre choix s'est porte sur un navire "rapide", portant le doux nom de Queen Nefertiti. Un navire rapide, en l'occurrence, c'est 1 heure de traversee d'Aqaba a Nuweiba. Ce que notre pauvre esprit malingre n'avait pas prevu, c'est que pour une traversee d'1 heure donc, l'ensemble du processus : j'achete mon billet a Aqaba / je monte dans le bus qui doit me mener au bateau et je fais le tour du port / je descends du bus meme si ne sais pas pourquoi et je reprends mon sac / je remonte dans le bus et je remets mon sac dans la soute / je finis par monter dans le bateau / j'attends que tout le monde soit monte dans le bateau / au bout de 2 heures le bateau part / ah mais en fait il ne part pas vraiment car il fait juste le tour du port pour changer de sens afin que les voitures puissent elles aussi monter dans le bateau / ah ca y est le bateau part / il fait sa traversee, en 1 heure donc , ca ce n'est pas du chique / il arrive a Nuweiba / mais je reste dans le bateau encore 1 bonne heure et je ne sais toujours pas pourquoi / je finis par descendre du bateau / je passe les controles de securite egyptiens (zeles, mais depourvus d'elan) / et et et je finis par sortir du port de Nuweiba ; l'ensemble de ce processus donc, disais-je prends seulement... eh bien in fine 7 heures bien sonnees. Si, si.

Bref, nous avons fini par arriver en Egypte. De la, comme nous n'etions pas encore tout a fait rassasies de lieux saints, en route pour le Mont Sinai.
Le Mont Sinai... Comment vous decrire cela rapidement (enfin plus rapidement que la traversee Aqaba-Nuweiba) ?
Nous avions decide d'en entreprendre l'ascension (2 bonnes heures) a la fraiche, sur le coup des 5h30 du matin. Nous voila donc partis, contents et tout empreints de la serenite biblique que ce lieu inspire. Et quelle ne fut pas notre surprise lorsque, au bout d'environ 1 heure d'ascension, nous avons croise des pelerins ; oui, allez-vous me dire, des pelerins a cet endroit la, c'est bien naturel. Pas 10 ni 20 ni meme 50 mais des centaines de pelerins. Qui n'entreprenaient pas eux l'ascension sereine de ce mont sacre. Mais sa redescente tumultueuse. Tumultueuse, parce que c'est une vraie tour de Babel la haut. Entre les orthodoxes grecs, les orthodoxes russes, les catholiques de tous bords, les juifs, les americains, et... les chameaux (et je passe sur les vieilles espagnoles qui enfourchent fierement le chameau puis redescendent au bout de 20m parce qu'elles ont trop peur) ; on en perdrait son latin. Parce ce qui est ecrit dans les guides, c'est qu'il faut voir le lever du soleil depuis le Mont Sinai. Donc ils sont tous partis comme un seul homme, pendant que nous dormions bien tranquillement, sur le coup des 2h30 du matin.
Bon, a part le leger tumulte a la montee, qui a un peu trouble notre serennite toute biblique qu'elle etait, cela ne nous a pas perturbe plus que cela. En effet, du coup, une fois arrives en haut, eh bien nous etions seuls. Mais vraiment seuls. Euh, avec le vent hein. Et la, je vous le donne en mille, serenite retrouvee. Totalement penetres de l'esprit de Moise nous etions. Et du vent.
Mais c'est beau. Rien a dire, c'est beau. Meme si nous ne l'avons pas fait a l'heure a laquelle c'est ecrit dans le guide.



Puis, en route pour le Caire.
La on comprend tres vite que, pour ce qui est de la serenite, il va falloir trouver autre chose. D'autre ressources ancrees tres profond en soi.
C'est plutot frenesie, hysterie, anarchie.
Ca court dans tous les sens.
Ca roule dans tous les sens.
Ca klaxonne. Beaucoup. Avant, pendant, apres l'obstacle potentiel. Ou bien avant, pendant, apres... rien. Mais ce qui est important c'est d'exister au travers du klaxon.





Et puis, bien sur, c'est pollue, tres pollue. Et sale.
Et l'espace est sursature de gens, de boutiques, d'habitations.
Meme les cimetieres sont habites. Non, non, pas comme dans le clip de Mickael Jackson avec des morts vivants dedans. Rien a voir. Dans le grand cimetiere du Caire, on recense officiellement 50000 habitants. Officieusement, on ne sait pas. Mais quand on s'y balade un peu, on y voit des maisons, des immeubles, des poules, des moutons, des gens, plein, des mosquees, des ecoles. Et accessoirement des tombes, en-dessous, a cote, autour. La seule chose qui manque cruellement (a l'oeil nu, hein, j'entends), c'est un genre de vague politique de traitement des dechets. Pour le reste, tout semble y etre.

Mais en fait, c'est bien. On se sent plutot etonnament bien dans cette ville. De la, plusieurs explications possibles :
- soit c'est vraiment une super super ville avec des gens 'achement sympas dedans
- soit cela fait trop de temps que nous trainons au Moyen Orient et nous sommes devenus
1) totalement insensibles au bordel
2) pleinement empreints de serenite biblique.
Je vous laisse le soin d'interpreter.



Mais bon, il y a quand meme des endroits calmes hein. Par exemple, les mosquees. Ou les gens prient, ca oui. Mais pas que.

mardi 14 octobre 2008

Pèlerinage

Le mont Sinaï.

dimanche 12 octobre 2008

Petite dedicace a Alexandre


Faute de carte postale...

Feria a Aqaba


La Jordanie, d'une mer a l'autre

La Jordanie, nous l'avons bu d'un trait, du nord au sud, de la Mer Morte a la Mer Rouge.

Pour commencer, en quittant nos flottaisons boueuses, un petit club de vacances de l'an mil (pour ceux qui n'ont pas suivi, voir le post), le château de Kerak. Ou Karak. Ou Kairak, selon le panneau que vous préférez. Une belle place forte, transformée par les mamelouks, qui domine de très haut le passage oblige des caravanes vers Jérusalem. De si haut que le turbulent Renaud de Châtillon, un bon blagueur celui la, aimait a jeter ses prisonniers par-dessus les machicoulis, comme une sorte de pétanque médiévale.



Et puis, bien sur, au sud, Petra.
Petra, c'est d'abord un site naturel exceptionnel, une vallee encaisse, modelee par l'erosion, cernee de failles etroites de 150 metres de haut.
C'est aussi des couleurs, des nuances infinies de roches. Ce sont, bien sur, ces tombes par centaines, eparpillees dans les falaises et les failles, ces monuments tailles dans la roche, dont l'erosion rend la presence fantomatique, ceux qui, si bien preserves donnent la mesure de ce que fut le site.



Mais Petra, c'est aussi le coeur du tourisme jordanien, et fait vivre une impressionante quantite de vendeurs de toutes sortes.



Enfin, Petra, c'est encore un lieu de vie pour des familles bedouines, qui nourrissent leur troupeau en regardant passer ces droles de gens qui regardent ces vieux machins.



Plus au Sud, encore, on arrive aux porte du desert Jordanien...



Le Wadi Rum, lui aussi tres touristique, mais ou l'on peut encore trouver un peu de tranquillite en y dormant, pour le plaisir de se reveiller au millieu de cela...



Enfin, encore plus au Sud, on atteint Aqaba, au bord de la Mer Rouge, seul port Jordanien et station balneaire prisee des Saoudiens, qui viennent ici se reposer et boire de l'alcool. D'ailleurs, ils sont en train de construire une sorte de grand Miami islamisant, version Dubai.



D'Aqaba, on voit tres bien Eilat, ville israelienne situee a 10 km. Mais bon, il y a deux aeroports.

On vous embrasse.

mercredi 8 octobre 2008

Et sinon..

... Sinon... Eh bien nous avons quitte Israel pour la Jordanie.
Escale sur la Mer Morte.
Ou nous avons bien fait tout ce qu'il fallait.

Pour ceux qui ne lisent pas encore couramment l'arabe, il est ecrit sur le panneau : " Eau extremement salee".



Du coup, les garcons lisent en flottant dans la mer. Ou l'inverse. Meme si cela ne donne pas l'air malin.



Et les filles se tartinent de boue. Parce qu'il parait que c'est bon pour la peau. Meme si ce n'est pas tres joli.

Hebron

Hebron, Cisjordanie, de l'autre cote du mur.

120 000 habitants.
400 colons israeliens.
400 soldats israeliens.

Centre ville boucle depuis 7 ans.





dimanche 5 octobre 2008

Murmures. Murs. Mer. Ligne de mire.

En Israël depuis quelques jours maintenant.
Profusion d’impressions. Profusion de sens. Saturation de sens. Perturbation des sens. Où est l’essentiel ?



Jérusalem donc. Où la foi chrétienne bruisse et se murmure de partout. Solidement gardée par l’Eglise catholique romaine, l’Eglise grecque orthodoxe et l’Eglise arménienne orthodoxe. Sans parler des Ethiopiens, des Syriaques, des Coptes. J’en oublie certainement. Ne chercher pas, ils sont tous là. Chacun son bout de bout d’autel, de relique, de lieu saint. Et profusion de lieux saints il y a. Traverser dans une même journée la Via Dolorosa, le Saint Sépulcre, le jardin de Gethsémani, le tombeau de la Vierge. Observer, ébahis pèlerins et touristes mêlés qui se jettent, se prosternent sur ces pierres sacrées et ces tombeaux ancestraux pour bénir en les frottant benoîtement toutes sortes d’objets dans un long murmure fervent et pieux. Ou démonstratif et superstitieux.



Jérusalem toujours. Au pied du mur des lamentations, être juif orthodoxe et venir prier transi, être juif tout court et venir prier, sobrement. Ou y célébrer une bar mitzvah dans la joie et les acclamations.
S’emmurer aussi dans le silence du quartier juif orthodoxe de Mea Shearim, où les pâles enfants déguisés en adultes religieux ont l’air d’ombres longeant les murs et les longues jupes de leurs mères.

Esplanade des mosquées fermée pour raisons diverses et variées. À suivre ultérieurement.



Bethléem ensuite. Cisjordanie. Autre mur. Pas de commentaire. S’emmurer dans son propre silence contraint. Contrit. Et constater.
D’un côté du mur les affiches d’une Israël de papier glacé. Imitation catalogue du Club méditerranée. De l’autre, images et tags volés de cris de liberté. Désirée.



Puis Tel Aviv. Mer. Légèreté. Surabondance de bars et de restaurants branchés. Cris de l’Occident musical et bronzé. Oublier l’austérité. Crier sa normalité.Quelle normalité ?
Etonnante, vue depuis la mosquée de la cité d’en face, Jaffa.



Multiplicité de sens donc. Autant vous dire que l’on en a la tête qui tourne. Un peu perdus. Si, si, cela nous arrive aussi d’être en mal de commentaires. Si saturés d’impressions antagonistes que le verbe vient à manquer.
Certains s’en réjouiront peut-être : on a enfin trouvé un moyen de faire taire les jeantet-chirouze.

Mais le silence n’empêche pas de réfléchir. De ressentir, physiquement, la folie qui émane d’un lieu habité par toutes ces religions. D’en voir les résultats politiques. D’en voir l’impossible évolution, l’impossible réconciliation au-delà de dogmes contraires, et de fois si radicales qu’elles en oublient l’homme.
Car le sujet est là. La religion, ici, est une barrière à l’humanisme. La bondieuserie superstitieuse l’emporte sur la transcendance, la défiance sur l’échange, la conquête matérielle de chacun sur le destin commun de l’homme.
Venir ici, c’est mesurer physiquement la liberté laïque. Chérir, à jamais, cette éthique humaniste qui donne à chaque homme sa dignité dans ce qu’il peut réaliser, pas dans ce qu’il est.

Dans une confusion insensée et sensible donc, une conviction demeure, plus chevillée au corps que jamais : la joie d’être laïc. (Deux peut-être : la fierté d’être agnostique ?)

Ndlr : 1ère tentative d’écriture à 4 mains. Dieu reconnaîtra les siens.

mercredi 1 octobre 2008